MANNEKEN-PIS SATE OF MIND : EPISODE 0 (SPECIAL ORIGINES)

Putain putain...



Maintenant que j'y repense, je n'aurais pas dû le tolérer, l'autre fois, que le chauffeur de bus, oui, celui dont je parlais dans ma première chronique bruxelloise, ne nous ramène pas pile devant chez nous. Jamais de la vie !
Mais c'est vrai qu'ici, je ne suis pas encore ENORME (alors qu'au Japon, par exemple...).

À mon arrivée dans Bruxelles-la-capitale-de-la-Belgique, je me souviens, je l'ai plutôt jouée profil bas.
Pour faciliter mon intégration, je jouais le jeu à fond – j'ai même un temps porté, au diable les clichés, un pantalon brun vintage à peu près semblable à celui arboré par le dénommé Tintin. C'est que tel un jeune écolier fraîchement débarqué dans un nouvel établissement, je souhaitais immédiatement faire bonne impression.

J'ai aussi rapidement commencé à traîner dans ce bar nommé Au DaringmanChez Martine pour les intimes. Un charmant estaminet, où les vieux habitués côtoient les jeunes à la mode (et où la (bonne) bière coule à flots). 
Attention toutefois lorsque vous vous rendez aux toilettes : il existe, vous le savez, des bars cachés (dans des pizzerias, dans d'autres bars, etc...) ; eh bien Chez Martine, lorsque vous courez aux toilettes la main sur la vessie, si, dans la précipitation, vous montez l'escalier à gauche au lieu de prendre la porte de droite, le rigolard Fred vous honorera d'une coupe maison dans Cut Me, son salon de coiffure plus ou moins dissimulé.

Equipé de mon ordinateur portatif, j'étais en tout cas résolu à m'y attarder aussi longtemps que je n'y aurai pas ne serait-ce qu'entr'aperçu l'iconoclaste Arno, prétendument habitué des lieux.
Je scrutais une fois encore cet étrange dessin au mur juste au-dessus de la devanture pour enfin déterminer s'il représentait quelque signe tribal ou un sexe féminin, lorsque dix minutes à peine après le commencement de la mission importantissime dont je m'étais auto-investi, et alors que j'y tapais frénétiquement la phrase suivante : « Le bar ne paie pas de mine, mais on y imagine très bien le chanteur y lever joyeusement le cou... », le sus-mentionné chanteur Arno poussa soudainement la porte d'entrée du Daringman, gratifia la maîtresse des lieux (Martine, suivez un peu) d'un hochement de tête complice – « Bon sang, n'ayons l'air de rien, il vient d'entrer... » avait-je rapidement ajouté –, avant de, sans raison apparente, ressortir dans la foulée.
Encore tremblant, je méditais sur le sens profond de ce curieux événement. J'étais ravi d'avoir pu voir le fameux chanteur et citoyen d'honneur de la ville pour de vrai, mais pourquoi n'avais-je eu droit qu'à une éclipse d'Arno ? Avait-il aperçu, dans le reflet d'une vitre, le contenu du court texte que je venais de taper ? S'était-il dit, avec son accent flamand si touchant, "oh non, encore un fan hardcore et relou..." ?
Je réalisais aussi et surtout que je venais de relever, au bout d'une vingtaine de minutes à peine, mon premier défi bruxellois avec une facilité déconcertante. Déprimante même.
Guère plus tard, l'hebdomadaire français branchouille Les Inrockuptibles barrait sa dernière couve d'un : « Bruxelles is the new cool »
Étonnamment, je n'y étais pas mentionné (j'ai vérifié), mais difficile de ne pas imaginer que ladite couve et ma récente arrivée n'étaient pas intimement liées.

Tel un sportif de haut niveau ayant tout remporté, je songeais – déjà – à raccrocher ; à préparer ma valise pour rentrer en France fissa.
Cela aurait été d'une goujaterie sans nom envers ma concubine, et malgré mon abbattement, j'ai fini par retrouver l'envie, la foi.

Je retourne souvent Chez Martine (Au Daringman), et j'ai croisé Arnold Charles Ernest Hintjens (Arno, quoi) plusieurs fois ! C'était réjouissant (à chaque fois) – "Putain putain, c'est vachement bien", me suis-je d'ailleurs exclamé intérieurement à plusieurs reprises...
Dès lors, j'ai repris du poil de la bête, et me suis imposé de nouveaux défis. Plein.
Je ne désespère pas, ainsi,  d'enfin tomber par hasard sur les bureaux légendaires de la rédaction du Journal de Spirou, ou de m'embringuer dans un interminable constat à l'amiable suite à un terrible accident de caddies hypothétiquement causé par une collision (de face) au croisement des rayons bières et chips du Carrefour Market de la Place de la Bourse avec l'auteur-compositeur-interprète Dominique A qui, paraît-il, fait régulièrement ses courses par là-bas.

Mais pardon, je vais vous laisser, il faut que je hâte le pas. Je ne voudrais pas le manquer – le passage d'Arno, c'est peut-être comme un train, la relève de la garde, tout ça...

À tantôt, les Kets !

Marcel RAMIREZ


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